GOUVERNANCE SECURITAIRE DE LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU MAROC: ETUDE DE L’APPROCHE INSTITUTIONNELLE DU POLE DE LA DIRECTION GENERALE DE LA SURETE NATIONALE ET DE LA DIRECTION GENERALE DE LA SURVEILLANCE DU TERRITOIRE
Abstract
Cette étude porte sur la gouvernance sécuritaire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme au Maroc, à travers l’analyse de la transformation qu’a connue le système sécuritaire, en particulier au sein du pôle constitué par la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) et la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), vers l’adoption d’une approche moderne fondée sur l’anticipation, l’efficacité institutionnelle et la gestion du renseignement, en lieu et place de l’approche sécuritaire traditionnelle reposant sur une intervention a posteriori. Elle s’articule autour d’une problématique centrale relative à la capacité des services de sécurité à assurer une efficacité opérationnelle dans la lutte contre les menaces terroristes, tout en garantissant le respect de la légalité, des droits et des libertés fondamentales, dans une logique d’équilibre entre les impératifs de sécurité et les principes de la bonne gouvernance.
L’analyse montre que l’expérience marocaine en matière de lutte contre le terrorisme repose sur le renforcement des structures institutionnelles et sécuritaires, à travers la modernisation des ressources humaines, le développement de la formation et du perfectionnement professionnel, l’amélioration des moyens logistiques et technologiques, ainsi que la mise en place de mécanismes spécialisés dans les domaines du renseignement et de l’enquête judiciaire, notamment le Bureau Central d’Investigations Judiciaires (BCIJ), contribuant ainsi à renforcer la coordination et la complémentarité entre les différents acteurs sécuritaires.
Les résultats mettent également en évidence l’adoption croissante d’une approche préventive et proactive dans la lutte contre les menaces terroristes, fondée sur le renforcement des capacités de veille, d’analyse et d’échange d’informations, ainsi que sur l’élargissement des formes de coopération sécuritaire aux niveaux national et international. Cette orientation a permis le démantèlement de nombreuses cellules terroristes et la neutralisation de plusieurs projets criminels avant leur passage à l’acte.
Par ailleurs, il ressort que la gouvernance sécuritaire ne se limite pas à la seule efficacité opérationnelle, mais englobe également les dimensions juridique et normative à travers la promotion du respect des droits de l’homme, l’encadrement légal des interventions sécuritaires et le développement des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes, garantissant ainsi la légitimité de l’action sécuritaire. L’étude met également en lumière l’importance de la transparence et de la communication institutionnelle dans le renforcement de la confiance entre l’institution sécuritaire et la société, notamment par l’adoption de politiques de communication plus ouvertes, la mise en place de mécanismes d’interaction avec les citoyens et le développement de l’information sécuritaire, faisant de la sécurité une fonction participative fondée sur la proximité, l’écoute et l’interaction.
Les résultats conduisent à considérer que la gouvernance sécuritaire au Maroc constitue aujourd’hui un choix stratégique intégré, conciliant efficacité sécuritaire, anticipation, coordination institutionnelle, respect des droits et libertés, transparence et communication. Ils confirment également que l’efficacité du modèle marocain de lutte contre le terrorisme repose sur sa capacité à articuler les exigences de sécurité avec les principes de l’État de droit, tout en poursuivant l’adaptation de ses mécanismes aux mutations rapides des menaces terroristes contemporaines, notamment celles à caractère cybernétique et transnational.