La loi de Dieu et la loi de la cité : la tension fondatrice entre la loi divine et la loi humaine dans la philosophie de Maïmonide, de la critique de Spinoza à la refondation de Leo Strauss
Keywords:
Maïmonide, loi divine, loi humaine, Spinoza, tension théologico-politique, Arendt, al-FārābīAbstract
Cette étude examine la distinction entre loi divine et loi humaine dans la philosophie de Moïse Maïmonide (1138-1204) à travers les lectures critiques de Baruch Spinoza (1632-1677) et de Leo Strauss (1899-1973), tout en élargissant la comparaison à al-Fārābī (870-950), Thomas Hobbes (1588-1679), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et Hannah Arendt (1906-1975). Pour Maïmonide, la loi divine (Torah) se distingue de la loi humaine par sa finalité double : le bien-être du corps (ordre social) et le bien-être de l’âme (perfection intellectuelle et félicité éternelle). Spinoza démantèle cette construction en réduisant la prophétie à l’imagination et la loi divine à l’obéissance civile. Strauss, à l’inverse, restitue à Maïmonide une place centrale dans la philosophie politique en mettant au jour l’« écriture secrète » (esoteric writing) comme réponse à la tension irréductible entre Athènes (raison) et Jérusalem (révélation). L’article montre comment cette tension se retrouve, sous des formes différentes, chez al-Fārābī (le législateur prophète), Hobbes (le souverain interprète du droit naturel), Rousseau (le législateur et la religion civile) et Arendt (la fondation comme acte politique et la distinction entre autorité et pouvoir). Il conclut que l’opposition entre loi divine et loi humaine n’est pas une alternative exclusive mais un tenseur productif pour penser la légitimité politique dans les démocraties contemporaines confrontées au retour du religieux.